Samedi 17 avril 2010 6 17 /04 /Avr /2010 18:23

On m'a raconté que lors d'une des dernières nuits de la saint Jean, il s'est passé des choses bizarres  du côté du pays des pierres levées. Tous les habitants du village du Ménec et d'ailleurs s'étaient rassemblés autour d'un grand feu allumé en haut du village là où les plus grands menhirs se dressent mystérieusement. Certains buvaient, d'autres dansaient, beaucoup papotaient tandis que deux hommes alimentaient le feu. Mais surtout ils attendaient. On racontaient dans ce village, qui avait tant fait pour le tourisme en basse Bretagne par tous ces gosses qui couraient dans les mégalithes pour raconter la légende des menhirs contre quelques piécettes - tout ça se passait avant que le site devienne une zone ultra protégée par des grillages et des barrières. Donc, on racontait que la nuit de la saint Jean certains menhirs se déplaçaient pour laisser passer quelques korrigans. Ces créatures fantastiques n'avaient pas très bonne réputation; on disait qu'ils étaient grognons et fantasques, râleurs et roublards. Mais on disait aussi qu'ils pouvaient à l'occasion être pourvoyeurs de richesses et de félicité. D'autres racontaient que de pauvres hères pris dans leurs gigues pouvaient devenir fous voire en mourir. Mais tout cela n'était que racontars, des fariboles pour les enfants. Enfin, les enfants d'avant. Aujourd'hui au temps d'internet et des messages instantanés qui pouvait encore croire en de telles inepties ?

Pour l'heure, tout incrédules qu'ils fussent, ils attendaient sans se l'avouer l'improbable.

Minuit sonnait au clocher de Carnac, l'heure fatidique. Plus personne en dansait, ne buvait, ne parlait. Au douzième coup de la seconde salve des cloches, Jean François Lagadec haussa les épaules et sans un mot s'en retourna. Le kinésithérapeute de la thalasso avait une rude journée en perspective, inutile de s'attarder plus longtemps.

Il actionna le bip de sa voiture autant pour l'ouvrir que pour la retrouver dans la file des automobiles attendant sagement sur le bas côté de la route. Le clignotant orange dérangea quelque chose ou quelqu'un. Une forme sauta du capot de sa voiture dans le champ de menhir. Jean François s'immobilisa un court instant avant de se raisonner. Ce n'était surement qu'un lapin, peut-être même juste une illusion, normal par une nuit pareille ! Il ralentit le pas inconsciemment pourtant. Il découvrit dans les rais de sa lampe de poche, sur le capot de sa voiture une pièce d'or. Perplexe, il tendit la main. Au moment de la saisir une voix désagréable, nasillarde lui dit

«  Fais attention, en la prenant, tu t'engages! »

par réflexe, Jean François retira brusquement sa main avant de demander:

Qui es-tu ? Montres-toi !

Dans le halo de sa lampe apparu un être étrange, difforme, petit, gringalet, ressemblant à un homme sans en être un.

Devant l'ai ahuri de Jean François le poulpican éclata de rire

Vous êtes étranges, vous les hommes. Tu es venu ce soir pour me rencontrer et maintenant que tu me vois tu restes coi !

Le kiné se mit à rire aussi fort qu'il put.

Bon, arrêtes maintenant Léon. Tu peux être content de toi, tu m'as fait peur mais sous ton grotesque déguisement je t'ai reconnu.

Tu me reconnais ? Je ne m'appelle pas Léon mais Kalonn. Kalonn le korrigan.

Kalonn le korrigan !! Je sais que tu as une imagination débridée mais je sais que tu es Léon, mon fils !

Ton fils ??? Ah, elle est bien bonne celle-là, dit le korrigan en riant un peu jaune. Qu'on ne le prit pas au sérieux le vexait plus que n'importe quel affront. Tu vas voir si je suis ton fils ! Dis-moi si ton fils sait faire ça ?

Et en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, Jean François se retrouva sur l'île de Gavrinis.  Autour du cairn il y avait une multitude de gnomes ressemblants à celui qui l'avait amené là. Beaucoup dansaient, d'autres buvaient, il y en avait qui papotaient et deux d'entre eux alimentaient le feu.

Jean François Lagadec éberlué se pinçait, cherchait quelque chose de concret qui le ramènerait à la vie réelle, loin de ce cauchemar.

Kalonn lui demanda, sûr de lui:

Alors tu crois toujours que je suis ton fils ?

Oui, je crois que tu es Léon et que tu me fais une blague avec tes copains.

L'autre s'énervait. Jamais encore il n'avait été ridiculisé de la sorte.

Tu te moques de moi?  Je te fais traverser les airs et le temps, je t'emmène à une fête à laquelle seuls les korrigans sont admis. Tu bluffes !

Oh la, tout doux !!! La téléportation est à la portée de n'importe qui aujourd'hui. Le premier benêt venu connait la procédure.

Le korrigan, cramoisi de colère, se retourna vers le feu tandis qu'un matou sortit de nulle part traversa les flammes à pas feutrés.

Et ça, éructa-t-il, ce n’est pas de la magie peut-être ?

Dans la religion vaudou, des hommes le font tous les jours et n'en font pas un pataquès pour ça. C'est pas un chat qui va m'impressionner. Bon ça suffit maintenant Léon, il va être temps de rentrer, maman va s'inquiéter et puis je bosse demain moi.

Mai..maison, maman, bo..bosser. Mais, mais …. tu ..tu ..tu te fous de moi !!!

Dis donc fils, je te prie de me parler sur un autre ton, je suis ton père quand même!

Le gnome n'en croyait pas ses oreilles. Tous les ans il piégeait un benêt d'homme qu'il faisait tourner en bourrique avant de le laisser errer, désemparé jusqu'à la folie, à travers la bruyère du champ de menhirs. Il prenait un malin plaisir à martyriser un pauvre diable qu'il choisissait au hasard parmi les badauds présents pendant la nuit du solstice sur ses terres. Mais jamais on ne lui avait fait l'offense de ne pas le prendre au sérieux, de ne pas  croire en sa perfidie, sa méchanceté et pire encore de ne pas trouver extraordinaires ses pouvoirs magiques, en un mot, de le tourner en ridicule. Le caractère acariâtre du poulpican ne s'arrangea pas.

Léon, j'aimerais bien boire un thé au citron avant d'aller me coucher, tu saurais me trouver ça? Demanda ingénument  Jean François.

Kalonn en perdit ses dernières bribes de raison. Il s'effondra terrassé par tant de cynisme et d'incrédulité.

À cet instant, tout s'évanouit autour de l'homme, le feu, les korrigans, le cairn de Gavrinis, l'île elle-même. Il se retrouva près de sa voiture, seule au bord de la route maintenant. Le jour commençait à poindre. Sur le capot brillait toujours la pièce d'or. Sans une hésitation, il la fourra dans sa poche.

Ricanant d'une voix nasillarde et fort désagréable, il se mit au volant et dit « l'habit ne fait pas le moine, il y a longtemps que j'ai troqué mes hardes de korrigan pour habiter la vie d'un homme!  ». Et il rentra chez lui où ne l'attendait ni femme ni enfant.

 

On m'a raconté cette histoire, je ne sais pas si elle est vraie. Ce que j'en sais c'est que depuis certaines nuits on entend un rire grinçant dans les menhirs du côté du village du Ménec. Ces soirs là, les rares vénérateurs de mégalithes et autres druides s'empressent de déguerpir. Il est arrivé que quelqu'un ait aperçu un être étrange, difforme et malingre, déambuler en tenant des propos incohérents au sujet d'un certain Léon. Mais ce n'est peut-être qu'une légende pour effrayer les enfants …...........ou pas !

Par Altifolia - Communauté : CROQUEURS DE MOTS - Publié dans : contes et légendes
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Mercredi 10 février 2010 3 10 /02 /Fév /2010 09:05

pourquoi ça n'arrive pas au marché ............ à Vannes ........

par exemple !

 



Par Altifolia - Publié dans : contes et légendes
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Dimanche 10 janvier 2010 7 10 /01 /Jan /2010 18:56

En poussant la porte de la cave de cette vieille bicoque en ruine,                                                  me revint en pleine figure                                                                                                                       ou devrais-je dire
en plein nez
L'odeur d'humidité et de moisi    
du "ty chichtr".                                                                                                                              
Ce parfum de terre battue                                                                                     
qu'aucun rayon de soleil                                                                                                
ne réchauffait                                                                                                                            
ni ne séchait                                                                                                         
jamais,                                                                                                                                               
mêlée au cidre surit                                                                                                    
qui l'imbibait                                                                                                           
depuis des temps immémoriaux,                                                                                 
je le retrouve ici!                                                                                                          
Des vies me séparent de mon enfance,                                                                            
des océans,                                                                                                               
des continents me séparent                                                                                        
de mon pays natal.                                                                                                      
Je reconnaît ici                                                                                                                    
et aujourd'hui                                                                                                           
cette puanteur qui était ma hantise.
Quand le soir,                                                                                                               
je devais sortir dans le noir,                                                                                               
chercher le cidre ? la bouteille à la main.                                                                          
A tâtons                                                                                                                  
j'inspectais le mur                                                                                                                         
en quête du bouton qui commandait la lumière.                                                         
Puis remplir la bouteille                                                                                               
de cette boisson toujours trop dure,                                                                           
toujours trop faite                                                                                                            
que seul                                                                                                                             
mon père                                                                                                                      
pouvait boire.                                                                                                                          
Celle-ci étant remplie,                                                                                                   
il fallait éteindre la lumière                                                                                                       
et faire                                                                                                                          
le chemin
dans l'autre sens.                                                                                                           
Me retrouver encore                                                                                                                              
dans le noir                                                                                                                     
pour traverser                                                                                                                    
la cour au sol inégal                                                                                                                
et chaotique                                                                                                                                     
avec                                                                                                                                  
cette fois                                                                                                                            
la bouteille pleine.                                                                                                     
Malheur à moi                                                                                                                   
si je tombais,                                                                                                                   
il me fallait                                                                                                                         
tout recommencer.

Tout cela est loin!                                                                                                       
Les ressentis remontent                                                                                                          
à la surface                                                                                                                    
parfois identiques                                                                                                                 
à ceux d'hier,                                                                                                              
parfois                                                                                                                                  
un brin nostalgique,                                                                                                                 
parfois                                                                                                                                     
la raison a plaqué                                                                                                             
dessus                                                                                                                              
une sorte de pardon.                                                                                                       
Mais toujours                                                                                                                         
le goût                                                                                                                            
et l'odorat                                                                                                                         
nous tirent par la manche                                                                                          
pour retourner                                                                                                                      
en enfance!

 

Par Altifolia - Communauté : mémoire et écritures - Publié dans : en vers sans pied
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Dimanche 10 janvier 2010 7 10 /01 /Jan /2010 10:42

Le dîner  prenait fin dans un silence ordinaire. La famille Dupont mastiquait consciencieusement sans qu’aucune parole ne vienne troubler la religiosité du moment. Non pas qu’ils fussent muets mais à force de se taire ils avaient perdu les mots. Ils ne savaient plus se raconter les petits riens qui émaillent une journée, qui la fait différente de la précédente. Aliénor et Francis Dupont vivaient dans un silence quasi monacal avec Augustin, Clarisse et Benoît, leurs enfants. Passé l’âge des vagissements et des pleurs puérils, ils étaient entrés en silence comme on entre dans les ordres.

Les grandes joies, les petites peines auraient pu les rassembler autour d’une émotion partagée, seulement ça ne leur venait pas à l’idée !!

 

Le cliquetis des fourchettes et des couteaux ponctuait presque indécemment le repas lorsqu’un fracas indescriptible les stupéfia.

 

Ensemble ils se tournèrent vers la cheminée d’où le bruit semblait provenir. Un nuage de suie envahit la pièce, la lumière disparut. Dans cette atmosphère apocalyptique, imperceptiblement, ils sentirent le besoin de se rapprocher, se toucher, sentir les autres plus près. Pourtant aucun d’eux ne fit le moindre geste pour fuir. La suie se déposait lentement telle une chappe de tristesse que rien ne pourrait dissoudre jamais. Et puis vint le froid. Un sang glacé coulait dans leurs veines. La couleur disparut. Toute idée de chaleur, de lumière n’était plus qu’un souvenir.

 

C’est dans ce brouillard qu’apparut une sorte de fantôme, un spectre ! Oui, c’est ça un spectre ! Le spectre des mots perdus se dressait devant eux.

Lorsqu’il ouvrit la bouche, ils virent un trou béant. Dans ce trou sans fond se perdaient quotidiennement tous les mots mort-nés sur leurs lèvres, au fond de leur gorge, les mots perdus à jamais. Un bruit assourdissant les entoura. Le poids des mots tus, des cris réprimés, des rires éteints, des larmes ravalées, des gestes avortés, pesa soudain sur leurs épaules. Puis, comme une volée de moineaux quittant leurs perchoirs, ils s’envolèrent dans la pièce. Ils les entendirent siffler, chuchoter, bruire autour d’eux. Un cri parfois les frôlait, un rire les percutait, un geste les heurtait. Entravés par le silence ils ne pouvaient s’en protéger, ne sachant plus depuis tellement longtemps exprimer un sentiment ils étaient figés !

Les mots des enfants, ces mots ébréchés et rafistolés firent une farandole autour d’eux. Les paroles de tendresse, ces petits mots doux aux oreilles et au cœur les assaillirent tels des flèches tentant de transpercer leur carapace d’apparente indifférence. Arrivèrent aussi les gros mots, ceux qu’on cache qu'on crie, ceux-là s’en donnèrent à cœur joie choquant leurs esprits coincés. Les mots de compassion se frayèrent un passage aidé par les gestes de réconfort. On vit aussi les inclassables, les mots cadeaux et les mots soleil, les mots drôles et les drôles de mots, les mots d’esprit et les mots orphelins, les mots crus et les mots incongrus. Il y eu même les mots méchants, les mots serpent, ceux qui font mal, ceux qui piquent, pincent, griffent, égratignent, agressent, assassinent parfois. On entendit des cris, des ouilles, des aïes et puis des larmes, des sanglots sonores. Il y eu des râles de plaisir, des gémissements, des soupirs.

Ils défilèrent en ordre dispersé ne pouvant se mettre d’accord.

Puis il se posèrent légers comme papillon sur une épaule ou les cheveux, sur la main ou sur le cœur. Tous ces mots essayèrent d’entrouvrir les lèvres et les oreilles désespérément closes des membres de la famille Dupont sur un monde de bruits auquel ils n’avaient pas accès, qu’ils avaient enfoui au point de l’oublier.

 

Aujourd’hui les mots, les paroles,  les gestes prenaient leur revanche, se donnaient le droit d’exister ici aussi, crever l'étau de silence et VIVRE !!!!

 

 

Ce fût Benoît, le petit dernier, qui rendit les armes le premier. Il poussa un cri comme les murs n’en avaient plus entendu depuis bien longtemps. Sa sœur Clarisse, surprise, après quelques essais émis des borborygmes lugubres. Un début !! Les  parents trouvèrent quelque part dans un recoin de leur mémoire, les mots pour les rassurer, les gestes pour les apaiser.

Au fur et à mesure qu’ils s’extirpaient du silence, qu’ils réapprenaient la parole, les mots fous se dispersèrent, s’éloignèrent, reprirent leur place dans la bouche, dans les yeux, dans les mains, dans le bout des doigts. La bouche-gouffre du spectre se referma, la température de la pièce remonta.

Enfin arriva le moment où il ne resta plus du passage du spectre que quelques lambeaux de mots traînant par terre. Ils n’avaient pas encore leur place dans le vocabulaire de la famille Dupont. Un nuage de suie formait encore un voile de grisaille mais il se dispersait lentement, au rythme des paroles prononcées


On entendit plus le cliquetis des couverts tant ils avaient à se dévoiler. 

Par Altifolia - Communauté : mémoire et écritures - Publié dans : ombres et lumières
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Dimanche 10 janvier 2010 7 10 /01 /Jan /2010 09:57

L’avaleur de couleuvres rougit devant l’étalage du marchand de dentelles. Il a le teint érubescent de celui qui s’émeut d’un regard légèrement appuyé ou d’une remarque presque anodine. Pour l’heure ce sont les affriolantes petites culottes de la nouvelle collection exposées en devanture qui allument son teint. Mais parfois, selon le temps, l’humeur ou l’envie son visage peut virer au gris bien entendu, au vert aussi, au bleu parfois, au grenat les moments d’intense émotion. Il est l’homme palette en plus d’avaleur de couleuvres.

L’artiste est à la recherche d’un engagement. Les inconvénients de sa nature pouvent, tout bien considéré, devenir des atouts dans le monde du spectacle !

Aujourd’hui le cirque  « La Piste Aux Etoiles » a planté son chapiteau sur la grand-place. D’un pas décidé malgré son trac, il traverse la ménagerie pour atteindre la piste centrale où s’entraînent les artistes. C’est au détour d’une cage, en traversant la ménagerie, que le jeune homme croise le regard qui va bouleverser sa vie. Son teint à ce moment là vire au rose bonbon pour la première fois de son existence. Les pieds vissés au sol, il se noie dans la contremplation de sa dulcinée sans oser l’aborder. Il faut dire qu’avec son fouet et ses bottes, il émane d’elle une puissance qui intimiderait plus d’un.

Lorsqu’enfin, sortant de son état semi comateux, il entre dans l’arène, les projecteurs illuminent  la piste où se produit le jongleur. Derrière lui il  entend une voix ébréchée qui lui demande qu’est ce qui l’amène ici. Encore sous le choc de sa rencontre, son teint à viré au violet. C’est joli mais sous la lumière violente ça en devient grotesque.

-           Mummmm ! Grommelle le directeur, pas mal ! Et vous savez faire quoi d’autre ?

-          A….. Ava….. Avaler des couleuvres, réussi à déglutir le jeune homme.

-          Ah !............ Tant pis. Avaler des sabres, j’dis pas, mais des couleuvres. Trop de soucis avec les erpétologues. J’en ai déjà bien assez avec les défenseurs des gibbons.

-          Le gibbon ? Il ne va pas bien votre gibbon ? ose demander le timide.

-          Si, il va bien. Ce n’est pas ça le problème. Il n’aime pas se poduire sur scène. Les spectateurs dérangent mademoiselle. Eh oui ! c’est une demoiselle qui fait un caprice certains soirs de réprésentation. Hélas, l’acrobate ne peut pas exécuter son numéro sans elle, il perdrait tout l’effet comique du duo ! Et si l’acrobate ne passe pas, les funambules refusent de grimper sur leur fil et les clowns restent dans leur loge. Même le lanceur de couteaux qui vient d’embrocher le mollet de son assistante fait la mauvaise tête. Et tout ça : à cause du gibbon !

-          Du gibbon ?? avance encore l’Avaleur.

-          Oui, parfaitement !! Quand elle n’est pas décidée à entrer sur la piste, elle pète au nez des spectateurs. Et quand elle pète, ça pue, et quand ça pue, les spectateurs font la tête. Et s’ils font la tête, ils s’en vont. Vous comprenez maintenant ? pas de spectateurs : pas de spectacle !!! CQFD

-          Je comprends, acquièce le timide.

-          Vous comprenez ? Et vous comprenez quoi ? A la fin du numéro l’acrobate qui est aussi le jongleur lance des bananes, mais Mademoiselle n’aime pas les bananes, elle préfère les fraises.

-          C’est bizarre ! ose le jeune homme.

-          Bizarre, peut-être, mais surtout pas pratique , s’énerve le directeur. D’abord les fraises, y en a pas toute l’année, mais en plus vous imaginez l’effet visuel du lancé de fraises pour les spectateurs du fond des gradins ?

Non c’est plus possible ! Faut trouver autre chose.

Alors d’une petite voix l’Avaleur de couleuvres demande :

-          Si vous voulez, je veux bien m’occuper de votre gibbone. Je suis sûr que j’arriverais à la raisonner.

Le directeur regarde le jeune homme comme s’il le découvre.

-          La  raisonner ??? Comme vous y allez ! Vous m’avez l’air aussi bizarre qu’elle.

Vous voyez elle vient d’entrer sur la piste ? Allez-y je vous laisse 15 minutes.

Et le jeune homme entre sur la piste et rejoint la gibone affublée d’un corset, de bottes à talons et joue de son fouet pour dresser l’acrobate qui saute sur un ballon et lance des babanes qu’elle doit attraper, éplucher et avaler.


http://galet.over-blog.com/
Par Altifolia - Publié dans : écriture en duo avec Galet
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